J’apprends à aimer comme on apprend une langue qu’on n’a jamais entendue enfant. Dans le mauvais ordre. Avec l’accent. Sans dictionnaire. En devinant les mots sur les lèvres de l’autre et en ratant quand même. Pendant que l’autre attend. Pendant que l’autre s’épuise à attendre.

J’essaye. Je rate. Je recommence. Tu t’éloignes d’un pas pendant que j’avance d’un demi. C’est le calcul que je n’arrive pas à résoudre. Pas par manque de volonté. Par manque de quelque chose que je n’ai pas encore de nom pour nommer.

Je ne sais pas tenir quelqu’un sans serrer trop fort. Je ne sais pas rendre heureuse sans me dissoudre dedans. Je ne sais pas aimer sans que ça ressemble par moments à une noyade. Ce n’est pas une excuse. C’est un constat que je porte comme une honte. Et que tu portes aussi, à ta façon, depuis trop longtemps.

Je cours dans un labyrinthe dont tu sembles connaître la sortie. Chaque fois que je crois m’en approcher, le mur se déplace. Et toi tu t’éloignes encore d’un pas. Méthodiquement. Doucement. Comme quelqu’un qui a déjà compris que je ne trouverai pas seule. Et qui n’en peut plus de le savoir.

Ce qui me met en rage. C’est pas toi. C’est moi. C’est cette distance entre ce que je ressens et ce que je produis. Entre ce que je veux donner et ce qui arrive. Entre l’intention et l’impact. Je vis dans cet écart. J’y habite depuis longtemps. Et parfois il me semble infranchissable.

Je ne coule pas par manque d’amour. Je coule parce que j’aime fort et que ça ne suffit pas. Parce que l’amour sans savoir-faire ressemble à de la violence douce. Parce que je te blesse probablement avec des choses que je ne vois pas encore.

Mais je suis là. Dans le labyrinthe. Dans la roue. Dans la noyade. Encore là. Je cherche la sortie pas pour moi. Pour qu’on puisse enfin respirer dans le même air.

Et si après tout ça je ne suis pas la bonne personne pour toi. Si malgré tout ce que je veux, tout ce que j’essaye, je n’arrive pas à être ce dont tu as besoin. Je l’accepterai. Parce que t’aimer c’est aussi vouloir ton bonheur même quand je n’en suis pas la source.

Mais je ne suis pas encore prête à le croire.