T’es mon fond d’écran. Et je sais ce que tu vas dire. Tout le monde a un fond d’écran. Ouais. Sauf que les autres ils ont un coucher de soleil de merde chopé sur Pinterest ou l’anniversaire du gosse avec mamie. Moi j’ai ta gueule. Et j’la touche avec mon pouce trente fois par jour comme une tarée, genre Face ID me suffit pas, faut que je reste dessus.
Le matin, j’ai même pas ouvert les yeux que l’algorithme me balance trois mauvaises nouvelles, un missile, une réforme transphobe, un influenceur qui explique comment violer une femme. Mais avant tout ça, y’a toi. Avant le monde qui crève en direct, y’a ton visage. C’est toi le premier filtre. Le seul qui marche.
Les gens ici ils mettent un truc généré, une meuf qui existe pas, des yeux parfaits, zéro pores. Moi c’est ta joue contre la mienne, un vendredi soir, 20h05, simplement, t’as pris la photo, c’est beau. Et c’est la plus belle image de mon téléphone. Parce qu’elle est vraie. Parce que t’étais là.
Mais ça, là. Toi sur cet écran pété. Ça, personne peut le scroller. Personne peut le swiper. C’est pas du contenu. C’est pas une story qui disparaît dans 24 heures.
C’est l’endroit où j’habite quand tout le reste n’est qu’algorithme.
T’es là. Chaque fois. T’es là.
