J’ai mal réagi.

Pas violemment, pas méchamment, mais intérieurement, quelque chose s’est contracté. J’ai senti ce vieux vertige remonter : celui de ne pas être assez. Celui de me dire que je suis une page après d’autres, que je suis “aussi bien”, mais pas “mieux”. Que je suis aimée, mais pas élue.

Et sur le moment, je l’ai prise de plein fouet, cette phrase, ce souvenir, ce détail qui n’en est pas un pour moi. J’ai pleuré. Je me suis refermée. J’ai cru que c’était elle, le problème. Ses mots. Son passé. Sa légèreté.

Et puis la nuit a passé.

Et j’ai compris que ce que je désire, ce que j’ai toujours désiré, ce n’est pas un amour où l’on se retient. Ce n’est pas un couple où l’on édite nos récits, où l’on marche sur des œufs, où l’on trie ses souvenirs à l’entrée du cœur. Non.

Ce que je veux, c’est un lien qui traverse tout. Qui entend même ce qui heurte. Qui comprend même ce qui déstabilise.

Un amour qui ne me met pas à l’abri, mais qui me rend plus forte.

Un amour où je peux dire : “ça m’a blessée”, sans que cela devienne une distance, sans que cela remette en cause ce que nous sommes.

Un amour où l’on pleure parfois, mais pour mieux se rejoindre.

Je veux qu’on puisse tout se dire. Même l’impossible.

Je veux qu’on soit à ce niveau de connexion où, même si les mots piquent, on entend la tendresse derrière. Où l’on ne doute jamais que l’autre est là pour rester, même quand il vacille.

Je veux cette zone-là.

Cette zone de vérité et d’abandon, de faille et de lumière, où l’amour est si fort qu’il ne craint même pas nos insécurités.

Et je crois qu’avec elle, c’est possible. Alors je dois en profiter.

Et pour ça, je dois travailler sur moi.

Travailler sur mes vieux réflexes.

Sur mes comparaisons silencieuses.

Sur cette peur de ne pas être “l’unique”, alors que personne ne ressemble à personne.

Sur ce besoin de reconnaissance qui crie parfois plus fort que l’évidence de l’amour.

Je veux que notre relation soit plus grande que mes peurs.

Plus forte que mon ego.

Plus libre que mes défenses.

Je ne veux pas d’un couple ordinaire.

Je ne veux pas d’un consensus tiède, où l’on se protège de tout, même de l’amour.

Je veux ce lien fou, fusionnel, évident, où l’on sait que quoi qu’il se passe, on est ensemble.

Parce que ce qui nous lie est indiscutable. Inaltérable.

Et pour ça, oui, je dois traverser mes douleurs.

Mais je le ferai.

Parce qu’aimer comme ça, ça en vaut la peine.