Il est timide, comme un petit escargot en attente d’un temps humide.
Pas un de ceux qui bombent le torse et réclament l’attention dès l’entrée en scène.
Non, lui, c’est un petit escargot.
Une perle rare, tapie sous l’auvent, qui attend la pluie chaude d’une langue curieuse pour oser sortir la tête.
Un bijou introverti, une goutte de silence lovée sous la peau, plus silencieux que mes hésitations.
Il se cache, son petit.
Un bouton d’aurore tapi sous la mousse, recroquevillé comme une promesse.
Pas de jaillissement, pas de fierté à nu : il faut le mériter.
Il faut plonger la main, plier le geste, et cueillir ce rien qui est tout.
Je l’imagine avec une coquille invisible, enroulé sur lui-même, minuscule escargot de velours.
Pas question de le brusquer.
Le monde entier devient escargotière.
Je l’appelle doucement.
Avec mes lèvres. Mes souffles.
Je déplie les feuilles. Je contourne les collines.
Je patiente comme une amante de la forêt.
Et je le sens.
Pas à pas, millimètre par millimètre,
il glisse vers moi, tout frémissant.
Comme si mon souffle avait du beurre salé.
Un soupir monte, long, brisé.
Son ventre ondule comme une marée lente.
C’est là, je le sais.
Elle n’a pas besoin de le dire. Je n’ai pas besoin de répondre.
Et là, le petit escargot…
Se met à danser sous mes doigts.
Mouillé, vibrant, offert.
Un délice de lenteur.
Une apocalypse de tendresse.