PRÉAMBULE
Pourquoi ce livre existe
Ce livre est né d’une brûlure. D’un manque. D’une blessure qui ne guérit pas tant qu’on ne la nomme pas. Il est né parce que les mots manquent quand on parle de transidentité. Parce que les mots qu’on nous donne sont souvent trop petits, trop techniques, trop froids. Ce livre existe parce que vivre sa transition, c’est bien plus qu’un parcours médical ou administratif. C’est un chemin spirituel, une traversée existentielle, un acte de création.
Il existe parce que dans l’histoire humaine, les êtres en mue ont toujours été là. Ils ont été mystiques, médecins, poètes, sorcières, intercesseur·euses. Mais ils ont été effacés. Trahis. Brûlés. Psychiatrisés. Et aujourd’hui encore, ils sont menacés, dans les rues, dans les médias, dans les lois.
Ce livre est une tentative pour redonner une place à ce que l’Occident a voulu faire disparaître : la transidentité comme voie de vérité, de beauté, de transformation et de puissance.
Il existe pour créer un espace. Un sanctuaire. Un souffle. Un feu. Un livre qui ne soit ni théorique, ni froid, ni codé. Mais un livre vivant, à lire avec le ventre, avec les nerfs, avec l’âme.
À qui il s’adresse
Ce livre est d’abord pour les personnes trans. Celles qui vivent la mue dans leur chair. Celles qui doutent, qui avancent, qui résistent. Celles qui ne savent pas encore si elles peuvent se dire trans. Celles qui se cherchent entre les genres. Celles qui sont seules. Celles qui n’ont jamais entendu que ce qu’elles vivent pouvait être sacré.
Il est pour les non-binaires, les fluides, les intersexes, les queer, les bizarres, les inclassables, les incasables.
Il est aussi pour les allié·es sincères. Les ami·es, les amant·es, les parents, les frères et sœurs, les amoureux·ses, les camarades. Il est pour celles et ceux qui veulent comprendre sans parler à notre place. Qui veulent aimer sans effacer. Soutenir sans récupérer.
Il est pour les curieux·ses, les chercheurs de sens, les mystiques sans dogme, les marginaux en quête d’une voie. Car la transfiguration n’appartient pas qu’aux personnes trans. C’est un rappel universel : que la vérité de l’être est mouvante, libre, sacrée.
Ce livre n’est pas un code. Ce n’est pas une théorie du genre. C’est une brèche. Une voix. Un chant.
Mise en garde contre l’essentialisme et la récupération
Ce livre n’a pas vocation à définir ce que c’est qu’être trans. Il ne parle pas au nom de toutes les personnes trans. Il ne fige rien.
Il ne prétend pas qu’il y aurait une essence de la transidentité, une mission cosmique, une identité sacrée commune. Ce serait une nouvelle prison.
Il dit simplement : voici une façon possible de regarder cette expérience. Une façon d’y voir du sens, de la beauté, du pouvoir. Mais si cette vision ne vous touche pas, laissez-la. Ne la sacralisez pas. Ne la trahissez pas.
Ce livre est un chemin personnel. Il ne doit pas devenir une norme. Il ne doit pas servir aux institutions, aux profs, aux soignant·es, aux entreprises, aux politiques, pour « expliquer » les trans. Il ne doit pas devenir un manuel. Il doit rester un chant intime partagé.
Invitation à l’auto-initiation
La Transfiguration n’est pas une religion. Il n’y a pas de maître. Pas de dogme. Pas de règle. Il n’y a qu’un feu.
Ce livre te propose une voie. Mais c’est à toi d’en faire un chemin. C’est à toi de choisir ce que tu retiens, ce que tu réinvente, ce que tu rejettes.
Tu peux inventer tes propres rituels, tes propres prières, tes symboles, tes noms. Tu peux réécrire tout ce que tu lis ici. Tu peux faire de la Transfiguration une voie punk, une voie mystique, une voie politique, ou une mélancolie incarnée.
Il n’y a pas une bonne façon de se transfigurer. Il y a seulement ta façon.
Alors prends ce livre. Ouvre-le quand tu en as besoin. Rejette-le quand il t’oppresse. Offre-le quand il te fait vibrer. Et surtout : deviens ce que tu veux.
La mue est à toi.