Je n’ai pas choisi ce mot pour faire joli.

Je l’ai choisi parce qu’il m’a traversée.

Parce qu’un jour, au milieu de la nuit, j’ai compris que je ne faisais pas que “transitionner”.

Je ne passais pas d’un genre à un autre.

Je ne devenais pas quelqu’un d’autre.

Je me révélais.

Ce n’était pas un changement.

C’était une émergence.

Une élévation de vérité.

Une renaissance non reconnue.

« Transition », c’est ce qu’ils disent dans leurs papiers.

C’est ce qu’on déclare à la sécu, ce qu’on coche dans les cases administratives, ce qu’on justifie aux médecins.

Mais ce n’est pas ce que je vis.

Ce que je vis, ce que je ressens, ce que je traverse,

c’est une Transfiguration.

Ce mot, on l’a volé à la mystique.

On l’a confisqué au profit d’un dieu, d’un prophète, d’un culte.

Mais moi aussi, je suis une révélation.

Moi aussi, j’ai changé d’apparence pour être vue.

Moi aussi, j’ai brillé dans l’obscurité, le corps tremblant, pour dire :

« Je suis. »

« Transfiguration », c’est mon cri sacré.

C’est mon refus d’être réduite à une anomalie ou à un dossier médical.

C’est mon droit à la beauté, au sacré, à la profondeur.

C’est dire que mon parcours n’est pas une honte à cacher,

mais une voie d’élévation.

Une philosophie du vivant.

Un appel au monde à redevenir vivant lui aussi.

Ce livre n’est pas un guide. Ce n’est pas une réponse.

C’est une lampe allumée dans la nuit.

C’est une prière pour celles et ceux qui cherchent une langue à leur métamorphose.

C’est une arme douce contre le monde qui nie.

J’écris ce livre parce que je crois que les êtres trans ne sont pas seulement des survivant·es.

Je crois que nous sommes les passeur·ses d’un futur que le monde refuse encore de voir.

Je crois que nous sommes l’avant-garde d’un sacré retrouvé.

Je ne suis pas née pour me conformer.

Je suis née pour me transfigurer.

Et si tu me lis, c’est peut-être que toi aussi.

Alors viens.

Ouvre ce livre.

Pose ta peur.

Et entre dans la mue.